Catherine-Magdelaine Chevaye de la Châtaigneraie, noyée en Loire au mois de Frimaire de l’an deux. 

Catherine Chavaye, noyée en Loire….

Catherine Chavaye, noyée en Loire....

Catherine-Magdelaine Chevaye a épousé le 10 novembre 1762, en la paroisse Saint-Jacques de Clisson :

 »Messire Alexis-René-Marie-Anne Moreau*, chevalier seigneur Duplessis Moreau, chevalier de l’Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment de Piémont infanterie, commandant du bataillon de milice de Blois, fils majeur de feu Messire René Moreau Ecuyer, seigneur des Moullières** conseiller du Roy lieutenant général civil et criminel au baillage et siège Royal de Mouvant (Vouvant) séant ; et de défunte Dame Marie-Aimée Gaborit de la Brosse ses père et mère originaires et domiciliés de la paroisse Saint-Jean de la Châtaigneraye d’une part et Demoiselle Catherine-Magdelaine Chevaye, fille de René Chevaye, Ecuyer, Conseiller du Roi secrétaire auditeur honoraire en la Chambre des comptes de Bretagne et de Dame Françoise Garciau aussi ses père et mère originaires et domiciliés de cette paroisse, en présence de Jean-François-Joseph Moreau, Ecuyer, seigneur de la Grange, Conseiller du Roy, bailly et lieutenant-général civil et criminel, au baillage et siège royal, demeurant séant à la Châtaigneraye, frère de l’époux.. » etc…

Catherine Chavaye, noyée en Loire....

* Alexis-René-Marie-Anne Moreau du Plessis a été commandant en second dans la 5ème compagnie noble à l’Armée des Princes, chef de bataillon. Il est décédé le 2 Ventôse an 12, (le mercredi 22 février 1804) à la Bruffière, chez son neveu, à l’âge de 85 ans.

** Les Moulières appartiennent à la Révolution à Etienne-Joseph Aimé Moreau, écuyer, seigneur de Moulière, qui épouse le 20 janvier 1789 Françoise-Anne-Louise-Marie de Vieux – saisies et vendues comme bien national.

Nous ne connaissons pas les circonstances de l’arrestation de Catherine-Magdelaine Chevaye, son mari étant à l’armée des Princes elle était devenue suspecte. Nous savons qu’elle fut noyée en Loire au mois de Frimaire an 2 (Décembre 1793).

  Le 27 avril 1795 (8 Floréal an 3), un certificat de décès est établi à la mairie de Nantes dont la teneur suit :

«Le huit Floréal an trois de la République une et indivisible, à trois heures du soir, moi Mathurin Gaignard, officier public élu pour constater l’état civil des citoyens, j’ai transcrit littérallement le présent jugement du tribunal du district de Nantes dont la teneur suit :

 »Extrait des minutes du greffe du tribunal du district de Nantes – Exposent les citoyens René Philipes, François Chevay, Claude-Alexandre Duveau Chavaignac et Hélène-Catherine-Charlotte Chevay son épouse ; suite et diligence de René Lenormand, leur fondé de pouvoir.

Qu’il est prouvé par l’enquête faite à leur requête, le vingt huit du mois dernier, que Catherine-Magdelaine Chevay, leur tante, a été noyée avis le poste de la Sécherie, dans le courant du mois de Frimaire an second et de la manière expliquée dans la pétition que les exposants vous mirent le vingt six du dit mois de Germinal tendante à faire la preuve de leur maintient. Ce considéré, vous plaise, citoyens juger, voir la dite enquête, dire quel décès de CatherineMagdelaine Chevay, femme Moreau Duplessis, demeurant à la Châtaigneraye en Poitou, a eu lieu par la noyade, au mois de frimaire deuxième année et accorder tout acte nécessaire pour la preuve du dit décès ».

Signé Lenormand »

« Le Tribunal vu la pétition, après avoir entendu le commissaire national, dans ses conclusions motivées. Considérant qu’il est prouvé par l’enquête du vingt huit germinal dernier, que Catherine-Magdelaine Chevay, femme Moreau Duplessis a été transférée à la maison de l’Entrepôt sur une galiotte, près le Sécherie et noyée avec les autres individus, mis sur la même galiotte, dans le cours du mois de Frimaire an deux ; considérant ainsi qu’il n’a point été rapporté d’acte de décès de ceux qui ont éprouvé ce sort. Déclare que la mort de Catherine-Magdelaine Chevay femme moreau Duplessis de la Châtaigneraye département de la Vendée, est constante, et a eu lieu dans le mois de Frimaire an deux et pour lui tenir lieu de décès, ordonne que le présent soit inscrit par le greffier, sur le double registre des actes de décès de la dix huitième section de Nantes ; à la marge des actes du mois de Frimaire an deux. Arrêté à Nantes en la Chambre du Conseil, le deux Floréal l’an trois de la République Française une et indivisible, aussi signé sur la minute ; Félix Gedouin, commissaire national, Tiger, Pineaud, Bourdier, Cormier et Juguet ; enregistré à Nantes le trois Floréal an trois de l’ère républicaine par Bertrand, qui a reçu une livre.

signé Blanchard, fait en la maison commune de Nantes, sous mon seing les dits jour et an.

Signé Gaignard. »

http://chemins-secrets.eklablog.com/catherine-chavaye-noyee-en-loire-a135635442

Catherine Chavaye, noyée en Loire.... 

Sources : Archives de la ville de Nantes – tous droits réservés- décès an 3, Section Voltaire et Brutus cote 1E92 – vue n°101/136.-Archives Départementales de Loire-Atlantique, tous droits réservés – mariages année 1762 paroisse Saint-Jacques de Clisson.-vue 5/6 et mariage 1789, vue 6/109).-Le Plessis, cadastre de la Châtaigneraie 1834 section C1 de la Pénissière. Archives Départementales de la Vendée tous droits réservés.Décès la Bruffière année 1804, vue n°129/411.– Photo: crédit Patrimoine Maritime fluvial – Gabare la Montjeannaise.

                                               Xavier Paquereau pour Chemins Secrets

Au Mans (72000); Deux plaques commémoratives des massacres de 1793 mais une est d’initiative privée.

Au Mans, une seule plaque « officielle » pour commémorer les massacres de décembre 1793

On ne trouve dans le Vieux Mans qu’un seul endroit où sont évoqués les massacres qui ensanglantèrent les rues de la ville les 12 et 13 décembre 1793 : à la Cour d’Assé. 

La Cour d’Assé et la plaque commémorative, au cœur du Vieux Mans (photo J.-P. Rambaud

La maison située au n° 2 de la Cour d’Assé porte en façade une plaque de bronze, dont l’initiative revient à la propriétaire du lieu, Madame du Fayet de La Tour. On peut y lire l’inscription suivante :

1793-1993
À la Mémoire de l’Holocauste des 15 000
Victimes massacrées aux batailles du Mans
les 12 & 13 décembre 1793 par les armées républicaines
de Kléber, Muller & Westermann pendant la
Virée de Galerne lors du grand soulèvement
des Provinces de l’Ouest.

Cette plaque fut inaugurée deux cents ans après les événements, le samedi 11 décembre 1993. Elle constituera l’étape majeure de notre marche du souvenir, dimanche prochain 11 decembre.   http://souvenirvendeen.org/2016/11/11-decembre-2016-commemoration-massacres-mans/. Madame du Fayet de La Tour, membre du « Comité Le Mans Décembre 1793 » qui fédère les énergies pour l’organisation de cette manifestation, sera par ailleurs présente ce jour-là.

Les noyades de Nantes organisées par le Conventionnel Carrier.

Ce qui suit est tiré du site : Le point.fr

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/16-novembre-1793-a-nantes-l-infame-carrier-fait-noyer-90-pretres-refractaires-dans-la-loire-16-11-2012-1529655_494.php

Carrier et ses « baptêmes de prêtres réfractaires dans la Loire»)

« Certains ont inventé la chambre à gaz, Jean-Baptiste Carrier, lui, a mis au point la « déportation verticale » dans le fleuve. L’objectif est toujours le même : éliminer rapidement et à moindres frais des condamnés trop nombreux. Pour se faire la main, l’envoyé de Paris, chargé de mettre fin à la révolte vendéenne par tous les moyens, commence avec 90 prêtres réfractaires emprisonnés à Nantes, qu’il fait noyer dans le « fleuve républicain ».

Le 25 octobre, le Comité révolutionnaire de Nantes les a faits emmener dans une prison flottante, La Gloire, ancrée devant la Sécherie. La veille, le 15 novembre, il a demandé au commandant chargé de la surveillance des prêtres de supprimer toute garde cette nuit-là afin qu’il n’y ait pas de témoins de la noyade. Il fait même preuve d’un machiavélisme admirable en faisant croire aux prisonniers qu’ils seront emmenés la nuit suivante au château de la Musse et leur recommande donc de déposer entre les mains du commandant tous leurs objets précieux qui leur seront rendus une fois arrivés dans leur nouvelle prison.

Ils sont fouillés, dépouillés des objets de valeur conservés sur eux. On leur demande même de retirer leurs vêtements et leurs chaussures. Ils sont alors liés à deux, puis jetés à l’intérieur de la gabare. Le transfert se fait dans le calme. Les prêtres ne se doutent pas du sort funeste qui les attend. Il n’y a que le curé de Machecoul qui s’inquiète en voyant sur le fond du bateau des pierres plates et blanches cachant des trous. Voyant de l’eau s’infiltrer, il conseille à ses voisins de se donner l’absolution l’un à l’autre. Ainsi font-ils.

Témoignage accablant

Une fois le transfert achevé, Lamberty et ses hommes embarquent sur un bachot (un canot) puis coupent les amarres de la gabarre que la marée descendante entraîne. Quand l’étrange convoi passe devant la batterie flottante de la Samaritaine, le canonnier Vailly, en faction, leur fait signe de s’arrêter. Voici son témoignage accablant : « Environ minuit et demi, huit particuliers de moi inconnus se sont approchés du bord dudit ponton montés sur un canot ; je les ai hélés et, au mot de qui vive, il m’a été répondu : Commandant, nous allons à bord. En effet, ils se sont approchés et m’ont demandé la liberté de passer avec un gabareau, qu’ils me dirent être chargé de 90 brigands, que j’ai su depuis être 90 prêtres. Je leur ai répondu que la consigne qui m’était donnée était de ne laisser passer aucun bâtiment, que l’on ne m’apparaisse d’ordre supérieur. Sur ma réponse, l’un de ces individus, nommé Fouquet, me menaça de me couper en morceaux, parce que, ajouta-t-il, lui et sa troupe étaient autorisés à passer partout sans qu’on pût les arrêter. Je leur demandai à voir leurs pouvoirs, ils obéirent et me présentèrent un ordre conçu à peu près en ces termes, et signé Carrier, représentant du peuple : Permis aux citoyens Fouquet et Lamberty de passer partout où besoin sera avec un gabareau chargé de brigands, sans que personne puisse les interrompre ni troubler dans ce transport. »

Puis le canonnier Vailly poursuit : « Muni de l’ordre du représentant Carrier que Fouquet et Lamberty venaient de me présenter, je ne crus pas devoir insister davantage ; en conséquence, les particuliers montant le canot et le gabareau contenant les individus passèrent sous la batterie du ponton où j’étais en faction, et un quart d’heure après, j’entendis les plus grands cris partir du côté des bateaux qui venaient de se séparer de moi et, à la faveur du silence de la nuit, j’entendis parfaitement que les cris de ceux que j’avais entendus auparavant étaient ceux des individus renfermés dans le gabareau, que l’on faisait périr de la façon la plus féroce. Je réveillai mes camarades du poste, lesquels, étant sur le pont, ont entendu les mêmes cris, jusqu’à l’instant où tout fut englouti. »

Trois prêtres s’échappent

Le canonnier a tout entendu, mais n’a rien vu. Effectivement, la gabare poursuit sa descente du fleuve, dépasse les villages de Trentemoult et Chantenay. Lamberty attend l’endroit idoine pour agir. Le voici, juste avant l’île Cheviré. La profondeur est suffisante pour engloutir la péniche. Il fait signe à ses hommes de défoncer ses sabords à coups de marteau. L’eau envahit la cale, où les prêtres, commençant à se rendre compte qu’ils vont bientôt rencontrer le Créateur, se mettent à hurler de désespoir, à supplier pour qu’on leur porte secours. Un des bourreaux a l’idée de leur faire une bonne blague, il grimpe sur le chaland en train de couler pour faire semblant de vider l’eau au moyen d’une poêle à châtaignes percée de trous. Que c’est amusant ! Mais les prêtres, qui ont déjà de l’eau à mi-cuisse, ne goûtent pas la plaisanterie. L’affreux plaisantin rejoint ses compagnons dans la barque, qui s’éloigne pour éviter d’être entraînée par le remous du chaland. Bientôt, les cris s’évanouissent. Le calme est revenu sur la Loire. Dieu accueille les siens.

Lamberty demande alors à ses hommes de ramer jusqu’à l’endroit où la gabare a coulé pour vérifier l’absence de survivants. Il a raison, car plusieurs malheureux, encore liés deux par deux, sont parvenus à s’échapper de leur prison. Ils luttent désespérément pour éviter la noyade. Mais quelques coups de rame bien placés les amènent vite à la raison. Bientôt, les flots du fleuve ont retrouvé leur calme. Lamberty ricane, content de son oeuvre de mort. Les noyeurs regagnent la rive, où chacun rentre chez soi satisfait du devoir accompli. Voilà 90 « corbeaux », ennemis de la République, qui ne coûteront plus cher à nourrir. Quant à Lamberty, il file prévenir Carrier de l’efficacité de la méthode.

Pourtant, le lendemain, on apprend que trois prêtres ont réussi à filer dans le noir après s’être détachés. L’un a été repêché et les deux autres ont atteint la rive. Tous trois ont trouvé refuge sur un navire, ancré à proximité, L’Imposant. Aussitôt, Carrier les réclame au capitaine pour les faire noyer le soir même. Les malheureux n’ont gagné qu’un jour de vie. Pourtant, un prêtre a survécu au massacre, il s’agit de l’abbé Julien Landeau, curé de Saint-Lyphard. Mal ficelé, il avait réussi à détacher ses liens l’unissant à un vieux moine. Échappant aux coups de rame, ils s’étaient éclipsés dans la nuit. Le vieux moine se noiera. Il n’y a qu’un unique survivant

Au cours des jours suivants, de nombreux cadavres sont repêchés sur les berges de la Loire. Ils ont pu s’échapper par les sabords trop grands ouverts, ou bien le chaland s’est brisé contre un banc de sable. C’est embêtant, car la rumeur de l’affreuse noyade se répand dans Nantes. Mais Carrier peut se rassurer, car nul n’ose s’en insurger de peur des conséquences. Il reste une dernière chose à faire à Lamberty et à ses hommes : récupérer les biens des prêtres restés à bord de leur prison et qu’ils n’ont pas pu emporter la nuit du crime.

La méthode de la « déportation verticale » a prouvé, malgré quelques imperfections, son efficacité. Jean-Baptiste Carrier décide de l’appliquer à grande échelle pour se débarrasser des milliers de Vendéens qui encombrent la prison de la ville. Entre les derniers jours de 1793 et février 1794, de 1 800 à 4 800 victimes disparaissent dans la Loire. »

Cette horreur va durer du e 16 novembre 1793 jusqu’en mars 1794. Il est à noter que Carrier ne sera pas guillotiné pour ses nombreux crimes ! Non ! il le sera pour une suspicion bien plus grave que tous ces crimes. En effet, le député de Seine et Oise, Charles-François Dupuis à la tribune de l’assemblée nationale va accuser Carrier de menées royalistes et contre-révolutionnaires !!!. C’est pour cela qu’il sera jugé puis guillotiné le 16 décembre. Jusqu’à son procès il occupe benoîtement le poste de secrétaire de la Convention.

Elle est belle la république !

http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2017/11/cest-arrivé-un-16-novembre.html

Charette et Bonchamps honoré par le Souvenir Vendéen le 30 septembre 2017.

http://storage.canalblog.com/88/75/773923/117176348_o.jpg

A noter  que  contrairement  à Charette et Bonchamps , Jacques-Nicolas de Fleuriot de La Freulière, né le  30 octobre 1738 , et mort le 20 octobre 1824  dans sa propriété d’Omblepied à Oudon (44521)  , est un militaire français connu pour sa participation à la  guerre de Vendée.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques-Nicolas_de_Fleuriot_de_La_Freuli%C3%A8re

Il ne peut  donc pas être  considéré  comme une  victime de la révolution  dont Panorama de Voir a entrepris le collecte

 

Du bon Père Rouville et de ses compagnons martyrisés à Privas le 5 août 1794

2014-77. Du bon Père Rouville et de ses compagnons martyrisés à Privas le 5 août 1794 (2ème partie).

(la 1ère partie, résumant la vie du Révérend Père Rouville, se trouve > ici )

palmes

2ème partie – Les abbés d’Allemand, Bac, Gardès et Montblanc.

– L’abbé Pierre-François Dulau d’Allemand de Montrigaud.
Issu d’une très ancienne famille du Dauphiné, apparenté au chevalier Bayard, il était né le 26 février 1764 à Pierre-Chatel.
Ordonné prêtre par Monseigneur Jean-Georges Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne, au printemps 1790, il fut aussitôt nommé prieur-curé de Saint-Julien-Vocance, à quatre lieues au sud-ouest d’Annonay : cette partie de l’actuel département de l’Ardèche appartenait alors à l’archidiocèse de Vienne.

En janvier 1791, il prêta le serment avec « les réserves et restrictions que sa conscience et sa religion réclamaient », ce qui faisait qu’en rigueur ce serment était nul aux yeux de la loi, mais la municipalité s’en contenta ainsi que les autorités d’Annonay, qui à ce moment-là étaient plutôt portées à la conciliation.
Monsieur d’Allemand continua donc son ministère sans être inquiété pendant plus d’une année.

Tout se détériora lorsque, pour la Pentecôte 1792, Monsieur d’Allemand avisa la municipalité que, conformément aux années précédentes, il conduirait sa paroisse en pèlerinage au tombeau de Saint Jean-François Régis, à La Louvesc, et qu’il désirait que la procession soit accompagnée de la garde nationale jouant du tambour !
Les révolutionnaires d’Annonay s’en émurent et firent interdire la procession, avec des menaces à peine voilées…
Deux mois plus tard, c’était le 10 août : le Roi captif ne pouvait plus protéger de son veto les prêtres réfractaires au serment, qui furent donc tenus, par le décret du 26 août 1792, « de sortir du royaume dans le délai de quinze jours ».
Monsieur d’Allemand ne se laissa pas intimider : « Quand les loups hurlent, disait-il, le pasteur ne doit pas s’enfuir. »
Refusant d’abandonner sa paroisse et rétractant vigoureusement son serment restreint, malgré des menaces de plus en plus virulentes, il vit les vexations s’abattre sur les Soeurs de Saint-Joseph qui l’aidaient dans son ministère (école, catéchisme, visite des pauvres et des malades…) et sur sa personne, fut contraint de quitter sa cure, dut renoncer à célébrer dans son église, mais continua néanmoins son ministère en se cachant dans des hameaux éloignés.

Il fut trahi par un paroissien qui l’avait fait appeler pour baptiser son fils qui venait de naître : pris dans la nuit du 4 au 5 juillet 1794, traîné à Annonay en subissant de nombreux outrages, il fut conduit dans les prisons de Privas le 9 juillet 1794.
C’est le plus jeune de nos martyrs : il était âgé de trente ans.

église de St-Julien Vocance avec stèle commémorative de l'abbé Allemand

Saint-Julien-Vocance : l’église aux origines romanes, profondément remaniée au XIXe siècle.
En 1937 une stèle a été érigée sur le parvis rappelant « la pieuse et glorieuse mémoire » de l’intrépide curé et martyr, Pierre-François d’Allemand.

– L’abbé Jean-Jacques André Bac.
Né le 30 novembre 1751 à la ferme du Grand-Bosc, sur la paroisse de Saint-Julien-Labrousse, à trois petites lieues au nord-est du Cheylard, dans les Boutières, après sa formation cléricale au séminaire de Bourg-Saint-Andéol, il fut ordonné prêtre le 23 mars 1776, par Monseigneur Joseph Rollin de Morel Villeneuve de Mons, évêque de Viviers.

Vicaire pendant dix ans dans deux paroisses du diocèse de Viviers, il fut choisi en 1786 pour être prieur-curé du village de Mens, dans le diocèse de Die : ce diocèse était en effet très pauvre en prêtres et devait donc faire appel à des prêtres extérieurs. Il fallait pour cette cure de Mens un prêtre particulièrement zélé et instruit, car la population de cette paroisse y était presque pour moitié protestante.
Il prêta le serment constitutionnel avec restrictions au début de l’année 1791, mais le rétracta quelques mois plus tard quand il apprit la condamnation de la constitution civile par le Pape Pie VI. Ayant subi des pressions psychologiques très fortes auxquelles il résista autant qu’il put, il fut finalement chassé de son presbytère et remplacé par un curé jureur.

Monsieur Bac pensa d’abord demeurer dans sa paroisse pour y continuer son ministère, mais il dut bientôt se rendre à l’évidence : poursuivi par de farouches révolutionnaires, s’il restait sur place il attirerait des représailles sanglantes sur les paroissiens fidèles qui l’auraient caché et aurait assisté à sa messe. Après quelques semaines d’errance, au début de l’année 1792, il revint dans sa famille à Saint-Julien-Labrousse.
Les municipaux de Saint-Julien-Labrousse étaient d’anciens camarades et n’étaient nullement des révolutionnaires enragés, au contraire ; dans toute cette paroisse, ainsi qu’aux environs, la population était très fortement chrétienne, attachée à ses prêtres et à la pratique religieuse, si bien que, par exemple, le curé – noble messire Alexis du Chier – était demeuré dans son presbytère sans avoir jamais été inquiété. Ce vieux prêtre rendit paisiblement son âme à Dieu le 3 juin 1793.
L’abbé Bac, requis de prêter le serment de « liberté-égalité », le prononça avec toutes les restrictions – dûment explicitées et consignées par les municipaux – que lui dictait sa conscience, ce qui, pendant deux années, lui permit d’exercer publiquement les actes du ministère, à Saint-Julien et dans les villages environnants, au début pour seconder le vieil abbé  du Chier, puis pour le remplacer et suppléer au manque de pasteurs dans les paroisses voisines. Il en fut ainsi depuis le début de l’année 1792 jusqu’à mai 1794.

C’est le maire de Vernoux, gros bourg distant de quelque quatre lieues, qui le dénonça au district : « Il existe depuis un certain temps un ci-devant prêtre insermenté (…) nommé Bac, chassé de Mens, département de l’Isère, où il versait son poison. Cet homme fait beaucoup de mal, et il convient d’en purger la terre de la raison. [Donne donc l’ordre] d’arrêter Bac qui promène tranquillement son incivisme dans cette commune » (sic).
Le 12 mai 1794, la maréchaussée de Tournon cerna à l’aube la ferme du Grand-Bosc et se saisit de l’abbé Bac.
D’abord incarcéré et interrogé à Tournon, les restrictions qu’il avait exprimées lors des différents serments exigés par la loi révolutionnaire et sa rétractation du serment schismatique furent établies : c’était un crime suffisant pour être conduit dans les prisons du chef-lieu.
L’abbé Bac arriva à Privas le 9 juin 1794, il était dans sa quarante-troisième année.

Mens

Le village de Mens, dans l’ancien diocèse de Die :
paroisse de l’abbé Jean-Jacques André Bac, natif de Saint-Julien-Labrousse. 

– L’abbé Louis Gardès.
Né le 25 juillet 1754 dans une famille paysanne de la paroisse du Béage, sur les hauts plateaux vivarois qui confinent au Velay, au terme de ses études sacerdotales qu’il suivit au séminaire de Bourg-Saint-Andéol, il fut ordonné prêtre le 19 décembre 1778 par Monseigneur Charles de La Font de Savine qui venait tout juste de prendre possession du diocèse de Viviers.

Après avoir été vicaire pendant cinq ans dans le diocèse de Viviers, comme l’abbé Bac et pour la même raison – surabondance de vocations en Vivarais et pénurie en quelques diocèses voisins – , l’abbé Gardès partit pour le diocèse d’Alès où, après quelques mois de vicariat, il fut nommé curé-prieur de Saint-Gilles-de-Ceyrac, qui est aujourd’hui un hameau de la commune de Conqueyrac et constituait alors une petite paroisse de l’archiprêtré de Saint-Hippolyte-du-Fort.
Entraîné par l’exemple de ses confrères voisins, l’abbé Gardès prêta d’abord le serment constitutionnel, mais dès qu’il en apprit la condamnation par le Souverain Pontife, il fit une rétractation solennelle non seulement devant les municipaux de Saint-Hippolyte mais aussi par acte notarié.

Considéré dès lors comme réfractaire, l’abbé Louis Gardès dut renoncer à tout ministère public : d’ailleurs sa petite église de Ceyrac avait été fermée, son mobilier vendu et son argenterie envoyée à la monnaie. Pendant quelque temps, il fut toléré qu’il exerçât les fonctions du culte à titre privé, dans des chaumières ou dans des granges, mais dans les premiers mois de 1792 la situation devint critique : Saint-Hippolyte était un ardent foyer du calvinisme cévenol ; la révolution y avait rallumé dans la population huguenote acquise aux idées révolutionnaires des idées de représailles fort peu évangéliques envers les catholiques. En juillet 1792, l’un des confrères de l’abbé Gardès fut horriblement torturé pendant toute une journée par la populace avant d’être décapité…

C’était dans le même temps que l’échec de ce que l’on a appelé « la conspiration de Saillans » entraîna une sanglante répression contre les catholiques et loyaux sujets du Roi dans le nord du Gard et le sud de l’Ardèche (cf. l’histoire des camps de Jalès >http://leblogdumesnil.unblog.fr/2013/09/06/2013-68-ou-a-loccasion-du-220eme-anniversaire-du-martyre-de-labbe-claude-allier-leur-instigateur-et-leur-ame-on-rappelle-ce-que-furent-les-camps-de-jales/). En se cachant, l’abbé Louis Gardès quitta les Cévennes pour remonter vers son pays natal et, après plusieurs mois d’errance, pour venir se cacher dans le mas familial de Peyregrosse, sur la paroisse du Béage.

Profondément enracinées dans la foi catholique et farouchement hostiles au clergé constitutionnel, les populations rurales des hauts plateaux vivarois étaient entrées en résistance dès la fin de l’année 1791 : les paroisses s’étaient organisées autour de chefs à la forte personnalité, véritables chouans – tels « notre » Grand Chanéac (cf. www) – sous la protection desquels, de toutes parts, des prêtres réfractaires étaient venus se placer.

A plusieurs reprises, de véritables battues furent organisées. C’est à l’occasion de l’une d’elles que, fuyant Le Béage et  cherchant à rejoindre le village de La Chapelle-Graillouse, à la mi-juin 1794, vaincu par la fatigue, il s’était endormi dans un taillis, la tête appuyée sur son bréviaire qu’il venait de réciter, que l’abbé Louis Gardès fut surpris et formellement identifié par un miséreux auquel il avait fait la charité.
Il arriva à Privas pour y être incarcéré et interrogé le 16 juin 1794, il était âgé de quarante ans.

La Chapelle-Graillouse

La Chapelle-Graillouse, village en direction duquel s’enfuyait l’abbé Louis Gardès
lorsqu’il fut pris à la mi-juin 1794.

– L’abbé Barthélémy Montblanc.
Né le 18 avril 1760 à Cruzy, près de Narbonne, on sait peu de choses sur ses origines et sa formation cléricale en raison des destructions des archives. Des actes de catholicité qui ont subsisté nous montrent qu’il était diacre le 30 juillet 1785 mais prêtre le 4 octobre suivant.

Le 12 juillet 1789, nous le trouvons nommé vicaire d’une succursale de Givors, à quelque sept lieues au sud de Lyon. Probablement était-ce pour se rapprocher de son frère, « maître en chirurgie » à Condrieu, qu’il avait obtenu de venir dans l’archidiocèse de Lyon.
Son absence fut remarquée aux célébrations organisées le 14 juillet 1790 pour l’anniversaire de la prise de la Bastille, et lorsque, à la fin de janvier 1791, il apprit qu’on allait exiger de lui le serment constitutionnel, il résolut de partir : le jour de la Chandeleur, 2 février 1791, à l’issue de la messe, il fit ses adieux à ses paroissiens en leur expliquant que sa conscience ne lui permettait pas de prêter le serment qu’on exigeait de lui.

L’abbé Montblanc se retira d’abord chez son frère, à Condrieu, puis, craignant de lui être à charge et de constituer un danger pour sa famille, quelques mois plus tard, il gagna dans un premier temps Annonay, où s’était organisée une association clandestine de prêtres qui « feignant d’être chirurgiens, colporteurs, garçons boulangers, gardes nationaux, à la faveur de [leurs] déguisements, s’insinuaient dans les maisons où leur ministère était nécessaire ».
Mais le zèle de l’abbé Barthélémy Montblanc en faisait un des principaux suspects, et il dut bientôt s’enfuir pour mener une vie errante dans les montagnes du nord du Vivarais, du sud du Forez et du Pilat, se mettant au service des âmes dans les paroisses qui n’avaient plus de pasteur.
Cela dura jusqu’à la Pentecôte de 1793 où, revenant d’administrer un mourant – probablement dans les environs de Pelussin – , il fut pris par une bande de révolutionnaires qui, après les outrages que l’on peut imaginer, l’envoyèrent dans les prisons de Lyon.
L’héroïque révolte des Lyonnais contre la convention le tira de son cachot.

Fuyant Lyon lorsque la ville fut prise et livrée à la vengeance révolutionnaire, l’abbé Montblanc revint à Annonay sous un déguisement de sans-culotte.
Sous le nom de code d’ «oncle Barthélémy », il exerça à Annonay un rocambolesque ministère clandestin d’octobre 1793 à mai 1794. Les « patriotes » enrageaient contre lui et avaient juré sa perte ; le « comité de surveillance » multipliait les ruses pour le prendre… et finit par resserrer l’étau autour de lui, si bien qu’à la fin du mois de mai, l’ « oncle Barthélémy » dut s’éloigner d’Annonay et se cacher, à deux lieues de là, à Vernosc.
Dans ce village, trois Soeurs de Saint-Joseph – dont nous reparlerons plus loin – avaient maintenu, dans une relative discrétion, leur vie de communauté, de prière et de bonnes oeuvres. Là, l’abbé Montblanc continua son ministère avec un zèle ardent, jusqu’à ce qu’une religieuse défroquée, dont la demeure servait de rendez-vous aux démagogues et aux libertins, n’attire l’attention des « patriotes » du lieu sur lui : « Je parierais que c’est un calotin. Je m’y connais. Il a plutôt l’allure d’un ci-devant curé que d’un celle d’un sans-culotte… »

Le lundi de Pentecôte 9 juin 1794, alors qu’il avait jugé prudent de s’éloigner de Vernosc pendant quelques temps, l’abbé Barthélémy Montblanc fut reconnu, pourchassé et finalement pris dans la vallée de la Cance, près de la « roche Péréandre ».
A celui qui lui mit la main au collet, l’abbé se contenta de dire : « Le bras qui m’arrête périra ». Peu de temps après, pendant la moisson, cet homme se querella avec un camarade qui lui donna un coup de faucille sur la main droite : la plaie s’infecta, la gangrène s’y mit et se propagea, et on dut lui amputer le bras.

Emmené captif à Annonay, l’abbé Montblanc fut, dès le 14 juin 1794, transféré à la prison de Privas : il était âgé de trente-quatre ans.